... au sein de l'UFR de droit et science politique
de l'université de
Bourgogne. Pourquoi cet intérêt pour l'expertise en ostéopathie ?
Qu'est-ce
qu'un expert ? Le site du ministère de la justice (www.justice.gouv.fr)
apporte la définition suivante : « un expert judiciaire est un
professionnel habilité chargé par un juge à donner son avis technique
sur des faits afin d'apporter des éclaircissements techniques sur une
affaire. L'expert est inscrit sur une liste établie auprès de chaque
cour d'appel. Il perçoit des honoraires dont le montant définitif est
fixé par le juge (sauf en matière pénale où sa rémunération est
réglementée) ».
Lorsqu'un juge a besoin d'un avis technique, il
consulte les listes de la cour d'appel où sont rassemblées toutes les
catégories professionnelles et mandate un expert selon le domaine
concerné. Sans devoir se prononcer sur des points de droit, l'expert
doit cependant maîtriser les principes directeurs du procès et les
règles de procédure. Aujourd'hui, l'ostéopathie n'appartient pas à ces
catégories. « Les tribunaux font appel à des médecins experts ou parfois
à des kinésithérapeutes experts. Mais pour l'instant, il n'y a pas
d'experts en ostéopathie. Comme toute autre profession, celle-ci a
pourtant une spécificité », constate Fadi Dahdouh, ostéopathe DO et
président de la CNEO.
L'ostéopathie
méconnue du corps médical
Une situation d'autant plus
problématique que la plupart des techniques ostéopathiques (viscérales,
crânio-sacrées, etc.) ne sont pas bien connues du corps médical. La
confusion est grande entre l'ostéopathie et la médecine manuelle
pratiquée par les médecins ? ces derniers situant l'action de
l'ostéopathie uniquement au niveau des articulations. Qu'est-ce qu'un
acte ostéopathique ? La personne jugée a-t-elle fait le bon geste ? Ce
geste a-t-il bien été réalisé ? Son action déborde-t-elle du cadre de
l'ostéopathie ? etc. Pour répondre à ces questions, il faut être
ostéopathe. « Lorsqu'un expert médecin ou kinésithérapeute est commis
dans le cadre d'une affaire en ostéopathie alors qu'il n'est pas
ostéopathe lui-même, il doit se faire aider par un ostéopathe. Celui-ci
sera alors co-expert ou encore sapiteur* », rappelle Fadi Dahdouh. Les
cours d'appel disposant d'une certaine autonomie, les juges ont
néanmoins la possibilité de s'adresser à la personne de leur choix sans
passer par les listes d'experts. Certaines cours font ainsi déjà appel à
des ostéopathes pour réaliser une expertise.
Les obstacles à l'expertise en
ostéopathie
Cette situation est une conséquence directe de la
réglementation qui avait pour principal objectif la régulation de la
formation des ostéopathes et des conditions d'obtention du diplôme. Elle
n'a pas créé une profession de santé supplémentaire mais elle reconnaît
la pratique de l'ostéopathie dans des cadres professionnels différents.
Or, de façon implicite, il existe bien une catégorie professionnelle
d'ostéopathes, ni médecins, ni kinésithérapeutes, qui doit pouvoir
répondre par elle-même de ce qu'elle fait. Ce qui n'est pas le cas
actuellement. Pour Fadi Dahdouh, ce n'est pas la seule explication : «
l'expertise en ostéopathie se trouve aujourd'hui scientifiquement
limitée car nombre de données n'ont pas encore été démontrées. Elles ne
sont donc pas juridiquement valables pour être associées à une
expertise. Ces limites pourraient faire l'objet d'études scientifiques
et, dans le même temps, présenter des applications très concrètes pour
la recherche en ostéopathie. C'est d'ailleurs le cas d'autres
professions concernées par l'expertise juridique », détaille-t-il.
Les enjeux de l'expertise en
ostéopathie
L'expertise juridique présente au moins deux
intérêts majeurs pour l'ostéopathie. Le premier est évident : défendre
le droit des ostéopathes à apporter leur expertise technique sur des
sujets relevant de leur pratique quotidienne. Le second résulte de
l'approfondissement, sous l'angle juridique, d'autres questions
professionnelles incontournables : responsabilité de l'ostéopathe,
pratique partagée par plusieurs professions du titre d'ostéopathe,
éthique et déontologie de la profession, intérêt
d'un ordre
professionnel, relations avec un patient sur le plan juridique, etc.
Autant de questions dont les réponses permettront de mieux définir le
rôle et les devoirs des ostéopathes pour asseoir l'ostéopathie comme une
profession avec ses spécificités techniques à part entière. Finalement,
il s'agit de défendre l'ostéopathie comme une thérapie globale et
manuelle particulière qui ne se limite pas à un ensemble de techniques.
Une défense qui passe aussi par la prise de conscience de tous ces
enjeux professionnels par les ostéopathes eux-mêmes.
*Sapiteur : lorsqu'un expert missionné par
un juge pense être à la limite de ses qualifications, il peut faire
appel à une personne compétente nommée « sapiteur » dans certaines
juridictions. Par extension, un sapiteur est un expert ou un technicien
spécialisé dans un domaine précis.