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        • SERGE TOFFALONI, ostéopathe
      • Interview
          • SERGE TOFFALONI, ostéopathe
          • 22/03/2010
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          • « Je ne me suis jamais écarté des principes fondamentaux qui régissent la détection et la correction de la lésion ostéopathique »
          • Serge Toffaloni pratique l'ostéopathie à temps plein depuis 1972, année d'obtention de son diplôme à l'European School of Osteopathy à Maidstone au Royaume-Uni. Auparavant, il a exercé la kinésithérapie entre 1965 et 1972. En 1980, il obtient son diplôme de médecine qu'il complète en 1984 par un certificat d'études spéciales (CES) en psychiatrie et par une qualification en médecine physique et réadaptation fonctionnelle en 1989.
            Il est responsable pédagogique de l'EFO (Ecole Française d'Ostéopathie) et directeur des DIU (diplôme inter universitaire) de médecine manuelle-ostéopathie et du DU (diplôme universitaire) de médecine manuelle orthopédique. Ces deux diplômes correspondent à l'ancien DU de médecine manuelle-ostéopathie de l'université Paris 6.
            Aujourd'hui, Serge Toffaloni pratique l'ostéopathie dans son cabinet parisien et une demi-journée par semaine à l'hôpital de la Pitié Salpêtrière à Paris.

            Vous êtes responsable pédagogique au sein de l'EFO et directeur d'un DIU de médecine manuelle-ostéopathie. Comment forme-t-on un bon ostéopathe ?

            Lors d'un cours, John Wernham (1908-2007), élève de John Martin Littlejohn et fondateur de The Institute of Classical Osteopathy à Maidstone, a affirmé : « Pour ajuster correctement un atlas, il faut huit ans de pratique ». Quelques années plus tard, un atlas m'a réellement « filé » dans les doigts. J'ai alors compris ce qu'il voulait dire. Si je cite cette anecdote, c'est pour évoquer la difficulté majeure dans la formation d'un ostéopathe : l'expérience. Ce n'est qu'avec une longue pratique, régulière et rigoureuse, qu'il parvient à une certaine maîtrise de son art. Le diplôme n'est qu'un « sésame » pour pratiquer ce métier. Une fois obtenu, l'ostéopathe doit persévérer dans l'application stricte des techniques mises au point par des générations d'anciens. Il lui faudra accepter les échecs inévitables sur ses premiers patients. Et si les indications sont bien posées, seule la technique sera en cause.

            Selon vous, comment devrait s'organiser l'enseignement de l'ostéopathie en France ?
            Je suis pour une profession d'ostéopathe à part entière, profession que j'exerce d'ailleurs à temps plein depuis que je suis diplômé. Pour les écoles qui forment des ostéopathes non-médecins à « temps plein », cinq années d'études seraient nécessaires pour obtenir une formation clinique et technique minimale. Pour les professionnels de santé ayant déjà un bagage médical, la formation à temps partiel me paraît plus efficace : entre chaque séminaire, les élèves répètent quotidiennement leur apprentissage sur les patients. Au terme de plusieurs années, ils auront accumulé une expérience pratique que ne permet pas l'enseignement à « temps plein », encore très théorique et pas assez pratique : le jeune diplômé ne dispose alors que d'une faible expérience technique.
            Par ailleurs, contrairement à une idée trop largement répandue, les techniques ostéopathiques ne sont pas statistiquement dangereuses. Le véritable danger réside dans l'erreur ou l'absence de diagnostic. Certaines situations d'urgence sont parfois difficiles à gérer, même pour un médecin qui a reçu une formation clinique encadrée pendant de longues années. Ceci peut être un piège redoutable pour celui qui reçoit un patient en première intention après seulement trois années d'études, comme le permet aujourd'hui la loi. Ce danger est peut être minoré en ville, où le patient a souvent déjà vu un médecin, mais reste important dans des régions sous-médicalisées.

            Quelle est l'orientation pédagogique choisie au sein de l'EFO ?
            Cette formation s'adresse aux médecins, titulaires ou non d'un DIU de médecine manuelle-ostéopathie. À l'issue de ce cursus, plus de 80 % des diplômés font de l'ostéopathie leur pratique essentielle, abandonnant tout ou partie leur exercice médical antérieur. C'est d'ailleurs le but que nous recherchons : à partir de la formation médicale, nous sélectionnons ceux qui souhaitent pratiquer effectivement l'ostéopathie. Nos cours portent essentiellement sur l'apprentissage des techniques diagnostiques et thérapeutiques manuelles ostéopathiques. Auprès des malades, les médecins ont en effet déjà reçu de leurs maîtres un enseignement médical, clinique, paraclinique et diagnostique.

            En 2010, cette formation sera répartie sur deux DIU. Pourquoi ?
            Lorsque nous avons créé le diplôme d'université de médecine manuelle ostéopathique en 2004, l'EFO a cessé son enseignement de base. Le titre de médecine manuelle ostéopathique a été retenu pour le DU car il est employé par les ostéopathes aux États-Unis. Le nombre d'heures d'enseignement correspond à celui de la formation technique donnée aux États-Unis dans la plupart des facultés ostéopathiques après la formation proprement médicale. Néanmoins, pour permettre à nos diplômés de faire état du titre d'ostéopathe en conformité avec les exigences légales et administratives, il était nécessaire qu'ils possèdent un « diplôme inter universitaire de médecine manuelle-ostéopathie ». Pour cette raison, nous avons dû transformer le diplôme initial en deux diplômes. Après avoir validé les deux premières années d'études qui comprennent l'enseignement commun aux facultés de médecine, nos élèves obtiendront le DIU médecine manuelle ostéopathie. À l'issue d'une troisième année qui permettra de maintenir le programme et la durée de formation de l'ancien diplôme, ils recevront le DU de médecine manuelle orthopédique. Pour sa part, l'EFO continuera à dispenser des cours pour des séminaires de révision et des formations post graduées.

            Vous avez développé des techniques propres au niveau des pathologies ostéo-articulaires de l'épaule. Comment « découvre-t-on » une nouvelle technique ostéopathique ? Cela demande-t-il une forte démarche de formalisation dans la pratique quotidienne du métier ?
            Pour l'épaule comme à d'autres niveaux anatomiques, j'ai en effet trouvé de nouvelles techniques. Mais je pense qu'avec l'expérience, je n'ai fait que redécouvrir ce que de nombreux ostéopathes ont gardé pour eux. Pour ce faire, au-delà de la dextérité qui s'acquiert grâce à une pratique régulière, je ne me suis jamais écarté des principes fondamentaux qui régissent la détection et la correction de la lésion ostéopathique.

            Vous préférez garder confidentielles ces techniques afin qu'elles ne soient pas acquises et intégrées dans d'autres approches thérapeutiques. Pourquoi ?
            La tendance à la rétention du savoir par les anciens constitue en véritable écueil en ostéopathie. Lorsque j'ai commencé à enseigner, j'ai rapidement remarqué que certains professionnels de santé ne souhaitaient apprendre que quelques techniques. Leur objectif était de les ajouter à ce qu'ils avaient l'intention de ne pas abandonner : la kinésithérapie pour les kinésithérapeutes, la rhumatologie, la médecine physique ou même la médecine générale pour les médecins. Pour cette raison, nous essayons de n'inscrire à présent, dans nos formations, que les médecins qui ont pour objectif de faire de l'ostéopathie leur exercice principal. Il me paraît injuste de confier à ceux qui ne feront qu'un usage limité de l'ostéopathie ces techniques d'une efficacité remarquable pénalisant ainsi les véritables ostéopathes.
            Ainsi, il n'y a pas de véritable rétention de connaissances puisque l'enseignement diffuse les principes basiques et incontournables en évitant les « recettes ». Néanmoins, les cours ne peuvent être totalement exploités que par celui qui garde le contact avec la structure. Le diplômé qui s'installe comme ostéopathe peut ensuite rejoindre les plus anciens dans une organisation plus « compagnonnique » avec de meilleurs échanges professionnels. Ces positions m'ont souvent été reprochées. J'ai toujours été un militant d'une ostéopathie à part entière, avec un enseignement théorique et technique permettant au praticien de recevoir directement son patient et de pratiquer pleinement son art. Cela me place d'ailleurs en dehors des querelles médecins et non-médecins. C'est pour cette ostéopathie « à part entière » que je justifie ces réserves dans l'enseignement.

            Selon vous, qu'est-ce qui empêcherait l'ostéopathie d'aller dans le sens d'une profession à part entière ?
            Si nous n'y prenions garde, nos techniques, d'une efficacité remarquable comparé à ce qui est mis en ?uvre actuellement en kinésithérapie, seraient vite récupérées par une orthopédie éclairée. Elles seraient remboursées par les organismes sociaux avec, au mieux, un AMC ou AMK de plus sur la feuille de soins (AMC et AMK remplacent les AMM : acte de masseur-kinésithérapeute effectué respectivement en établissement et en ambulatoire, cabinet ou domicile du malade). Ainsi banalisées, ces techniques, d'ailleurs fatigantes, seraient moins bien exécutées. Et comme déjà amorcé dans les décrets qui reconnaissent un titre et non une profession de santé, le reste de la pratique ostéopathique serait limitée au traitement des troubles fonctionnels. Ainsi restreinte, l'ostéopathie ne serait en définitive qu'une médecine de confort pour le stress ou autre mal être. Il nous reste à conserver jalousement ce qui est efficace en attendant l'avènement de l'ostéopathie. Si cela est possible? Sinon, elle restera une médecine confidentielle au bénéfice des plus chanceux.
            • 80 % des médecins ignorent ou sont hostiles à la pratique de l'ostéopathie
            • Bibliographie, Serge Toffaloni
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